Architecte…

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En chantier…

Nous nous sommes installés comme architectes et avons eu cette chance inestimable de construire vite. Construire ou agrandir des maisons. J’entends encore ce professeur qui avait eu la chance de pouvoir vivre confortablement de ce métier nous dire qu’il était dommage que l’on ne puisse pas vivre en dessinant des maisons, ce qui était pourtant, il me le semblait en tout cas, à la base de toute vocation d’architecte.

Armés de nos bras musclés nous avons bravé cette malédiction et tant bien que mal, sommes parvenus à force de nombreuses contorsions à vivre de ces maisons que nous pensions pour les autres. A en vivre et à en rêver car il ne faut pas oublier à quel point il peut être magique de se plonger ainsi dans un espace imaginaire pendant des heures, des semaines jusqu’au moment où à partir de quelques traits sur une feuille de papier, de quelques croquis et ombres esquissées une construction solide va émerger. Quel était ce pouvoir qui nous était en réalité donné ?

Quel métier plus fantastique que celui qui permet à partir d’un imaginaire que l’on pose sur le papier, ou sur un écran d’ordinateur de bâtir la plus concrète et la plus imposante des choses, un morceau de ville ou de paysage. Il fallait donc sans doute payer pour avoir le droit de le pratiquer, il y avait une contrepartie. Cette contrepartie serait notre sacerdoce, il faudrait souffrir chaque jour, ressentir dans sa chair et dans son système nerveux ce qui ressemblait à des épreuves. Pas un jour ne passa sans que de nouvelles difficultés ne s’imposent à nous. Il fallait vraiment que vous adorassions notre métier pour accepter un tel tourment. Se battre chaque jour et finir par en retirer une philosophie. Etre contemporain, être de son temps, c’était savoir s’adapter.

Je crois que de belles choses sont sorties de tout cela, à la mesure de nos possibilités. Car les difficultés ne venaient pas seulement de ce qui nous résistait (voisins, administrations etc…) mais aussi de ce que l’économie avait fait de la construction. Mais à force d’acharnement nous avons réussi à construire des pièces d’architecture à partir de ces bouts de ficelles qui étaient à notre disposition. Nous avons combattu tels de braves chevaliers, ne renonçant jamais au désir de faire beau, de faire vrai, pendant deux décennies, jusqu’au point où pour ma part j’ai eu le sentiment que c’en était assez. Que cette souffrance qui désormais n’apportait plus sa pitance n’avait plus de raison d’être. Devoir discuter chaque projet, me battre avec des voisins dont la mauvaise foi n’avait de pareille que celle des politiques, expliquer à des gens qui n’avait aucune sensibilité ni esthétique ni économique, que le projet avait des raisons d’être tout à fait autre qu’une idiote envie de les provoquer. Que le projet était né de volontés diverses, de compétences qu’il avait fallu éprouver au fil des années et que l’empêcher au point où il en était relevait non seulement d’une atteinte à une forme de liberté mais aurait également de graves conséquences financières. Tout cela dit à des personnes qui ne voulaient pas entendre finit par m’épuiser.

Il était déjà assez difficile de jongler avec les règles qui naissaient à grand renfort de décrets, entraînant des surcoûts que les clients n’avaient pas forcément envie de payer pour ensuite entendre des gens vous expliquer que s’ils acceptaient tel projet, alors ils seraient obligés d’accepter tel autre. Nous étions devenus des enjeux politiques. A tel point qu’il arriva un moment où je crus perdre la flamme.

Qu’est-ce que cela voulait dire ?

Cela signifiait avoir un projet de villa de rêve à concevoir et d’être fatiguée avant même de l’avoir commencé. Fatiguée de tout ce qui avait précédé ce moment où l’on vous confie enfin la mission. Fatiguée de devoir une fois de plus concevoir un projet qui aurait mérité le temps de la réflexion, en un mois, comme c’était devenu notre spécialité. Fatiguée ensuite lorsque la mairie nous demanda une fois de plus de modifier le projet, après avoir même organisé une commission spéciale. Juste pour nous. Pour cette villa. Et voilà qu’une fois de plus il fallut retirer le permis de construire, pour en redéposer un quelques mois plus tard, sauf qu’entretemps une nouvelle règle, une nouvelle norme, un nouveau catalogue de contraintes venait de s’ajouter…

J’étais malheureuse d’être malheureuse de devoir concevoir un tel projet, un projet dont tous les architectes rêvent.

 

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Après le chantier…

We created our practice and have been lucky enough to build pretty soon. I remember this teacher who once told us how you could not make a living by designing houses. This teaching was making money out if his practice but not by designing residential projects. How bad was it not to be able to live out of what was according to me the first point in every architects vocation.

We defied this malediction and through huge efforts we made it. We succeeded in making enough money to raise a family by designing houses. Design and dream, how amazing is it to create a project that is to be built from scratch. Just a few lines on paper or on a screen that will become this concret and massive thing : a part of a city or a landscape.

How incredible was this? How lucky were we. What a great power to be able to do this. This was a fantastic job, but it seemed that you had to pay the price to have the luck to do it. The price to pay was our calling, requiring the utmost dedication. We had to suffer pain. Everyday brought a new obstacle. We had to struggle hard till the point when it became a philosophy. Contemporaneity meant adaptation.

I believe we created beautiful things, in regards to all the rules and barriers we found on our road. Never did we give up on aesthetic, and honesty for twenty years, to the point when I felt it was enough.

Suffering when you were not making enough money for your family was not bearable anymore.

Fight with everyone all the time started to overcome me. The pleasure and the excitement were gone. I was exhausted. My creativity was exhausted.

What did it mean? I remember this great project, a wonderful house on a dream land with an outstanding view. And I was tired. Tired with all that I had had to go through to obtain the contract. Tired of having to design a house in a very short time once more, as it it had become our speciality. And then tired when the council, once more asked us to review the project. By the time we had to lodge a new permit the rules had changed and it had become even harder.

I was miserable. Miserable to be miserable to design a project that all architects dream of.

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Un de nos projets, quelque part en France…
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Un autre, ailleurs…

 

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